Les enseignants créateurs de richesses

1. Dans le sens strictement économique (productiviste)

Les enseignants sont-ils créateur de richesse ?
Si on adopte la définition la plus étroite : La richesse = production de biens et services marchands, vendus et mesurés par le PIB.
Dans cette logique :
  • Un enseignant ne vend rien directement au marché,
  • Son activité est financée par l’impôt,
  • Elle est considérée comme un “service non marchand”, donc non contributrice au PIB au sens classique.
👉 Donc oui, dans cette vision-là, l’enseignant ne “crée pas de richesse” mesurable par le marché.

2. Mais dans la réalité économique (celle qui fait tourner un pays)

L’enseignement crée une richesse gigantesque, mais différée, collective et intangible :

✔ Il augmente le capital humain

Des travailleurs mieux formés =
  • plus de productivité,
  • plus d’innovation,
  • plus de valeur ajoutée demain.

✔ Il réduit les coûts sociaux

Moins de chômage, moins de délinquance, moins de précarité éducative.
Ça ne se voit pas sur une facture, mais c’est réel.

✔ Il permet l’existence même de toutes les autres richesses

Sans enseignants :
  • pas d’ingénieurs pour les ponts,
  • pas de médecins,
  • pas de techniciens,
  • pas de comptables (et même pas de fiscalistes pour payer les profs… ironique non ?).
C’est la richesse qui rend toutes les autres possibles.

3. Pourquoi la confusion existe encore ?

Parce que dans le modèle comptable du PIB :
  • les dépenses d’éducation sont des “dépenses publiques”,
  • pas un “investissement productif”.
Un peu comme si, pour une maison, on disait que les fondations “ne rapportent rien” parce qu’on ne les voit pas.
Oui… jusqu’à ce que la maison s’écroule.

4. Conclusion

Dire qu’un enseignant “ne crée pas de richesse” est techniquement vrai dans la comptabilité du PIB
mais économiquement faux
et intellectuellement réducteur.
L’enseignant crée la seule richesse qu’on ne peut ni délocaliser, ni automatiser totalement :
la capacité d’un peuple à comprendre, produire, innover et décider.

Pourquoi ne pas utiliser des vidéos?

Dès qu’on essaie, on découvre rapidement que l’école ne fonctionne pas du tout comme une plateforme de streaming.
Voici les raisons pragmatiques (et quelques-unes franchement terre-à-terre) pour lesquelles les vidéos ne remplacent pas les enseignants à grande échelle.

1. L’apprentissage n’est pas de la consommation de contenu

Regarder une vidéo ≠ apprendre.
Si c’était le cas :
  • tout le monde serait polyglotte,
  • brillant en maths,
  • et chirurgien du cerveau après deux tutos YouTube.
L’essentiel de l’apprentissage vient de :
  • la mise en pratique
  • le feedback
  • la motivation
  • la régulation (ce fameux “Allez, concentre-toi, on recommence !”).
Une vidéo ne dit jamais : “Stop, tu n’as pas compris, on fait autrement”.

2. Le “taux de complétion” des cours vidéo est catastrophique

Les plateformes type MOOC ont des statistiques quasi unanimes :
👉 Taux d’abandon moyen : 90 à 95%
👉 Taux de réussite réel : 3 à 7%
Même avec :
  • des enseignants stars,
  • des vidéos pro,
  • des séquences courtes,
  • du gamification…
… les gens décrochent.
Alors imaginer que des millions d’enfants de 6 à 18 ans regarderaient sagement 20h de vidéos par semaine relève de la science-fiction pédagogique.

3. Un enseignant ne “transmet pas du contenu” : il orchestre un climat d’apprentissage

Le rôle concret d’un enseignant, ce n’est pas réciter un cours.
C’est :
  • diagnostiquer en temps réel qui décroche,
  • reformuler selon le niveau,
  • improviser une explication alternative,
  • maintenir l’attention du groupe,
  • gérer les dynamiques sociales,
  • donner confiance,
  • valoriser le progrès,
  • recadrer quand nécessaire (avec bienveillance… ou autorité selon l’heure).
Aucun système vidéo ne sait faire ça.
Même les IA n’en sont qu’aux balbutiements.

4. Les enfants ne sont pas des adultes

Le mythe du “classe en vidéo” part souvent d’un biais :
On imagine des adultes motivés, autonomes, disciplinés.
Or l’école s’adresse à :
  • des enfants,
  • des ados pas forcément passionnés,
  • avec une attention limitée,
  • et un besoin énorme d’encadrement humain.
Pour beaucoup, déjà tenir 45 minutes assis relève du miracle quotidien… alors 45 minutes devant une vidéo ? On parle d’épopée héroïque.

5. On a déjà essayé (à grande échelle)

Et ce fut… instructif.

Pendant le Covid

Cours en visio + capsules vidéo =
➡︎ baisse massive de l’attention
➡︎ retards scolaires
➡︎ explosion des inégalités
➡︎ motivation en chute libre

Expériences dans certains pays

Plus de vidéos =
➡︎ résultats scolaires stables… au mieux
➡︎ déshumanisation ressentie
➡︎ absence de lien pédagogique
Pas brillant.

6. “On économiserait beaucoup”… vraiment ?

Dans les faits, pour remplacer un enseignant par des vidéos il faudrait :
  • plateformes robustes,
  • millions de tablettes,
  • maintenance technique,
  • encadrement physique (les enfants ne s’auto-gèrent pas),
  • accompagnateurs,
  • studios de production de contenu,
  • actualisation continue des vidéos.
Résultat : les coûts explosent… et la qualité baisse.
C’est l’équation parfaite de la fausse bonne idée.

7. L’argument final : l’éducation est un lien, pas un fichier MP4

Un enseignant, c’est :
  • un repère,
  • un modèle,
  • un médiateur,
  • parfois un soutien psychologique,
  • souvent un catalyseur d’efforts,
  • et toujours un être humain qui ajuste sa pédagogie à l’élève.
Une vidéo peut être brillante…
Mais elle ne regarde jamais l’élève en face pour dire :
“Je crois en toi, continue.”
Et ça, ça change tout.

Conclusion

Si les vidéos pouvaient remplacer les enseignants, les écoles auraient déjà basculé depuis longtemps : c’est techniquement simple, politiquement séduisant et financièrement tentant.
Mais la réalité est têtue :
L’éducation n’est pas une transmission de contenu, c’est une relation humaine qui guide l’apprentissage.
Les vidéos peuvent compléter, elles ne peuvent pas remplacer.
 
 

Version courte de la mise en valeur d’un enseignant

“Remplacer les enseignants par des vidéos ? On a essayé : ça donne 95 % d’abandons, zéro motivation, et des élèves qui apprennent… à ouvrir un nouvel onglet.”
Une vidéo transmet du contenu.
Un enseignant transmet l’envie d’apprendre.
La vidéo explique.
L’enseignant capte, relance, décèle, corrige, motive, rassure et recadre.
Bref, il fait tout ce que le fichier MP4 ne fera jamais, même en 4K.
On peut diffuser un cours en ligne à un million d’élèves,
mais on n’a jamais vu une vidéo dire : “Je vois que tu bloques, on va y arriver ensemble.”
C’est ça la valeur ajoutée de l’enseignant :
il transforme un savoir mort en apprentissage vivant.
Et ça, bonne chance pour l’automatiser.